ANAMNESIS par Marc OREGGIA
Dans un silence presque irréel, à peine grenelé du crissement ténu de quelques gravillons sur le sol froid, Teo Fratt gara l’autolec luisante et ténébreuse sur l’une des rares places encore libres du parking D du spatioport. Je ne me fais décidément pas à cette absence de bruit. Je pourrais tout aussi bien écraser un de ces camés allongés le long des trottoirs sans y prendre garde, ou pire, un gosse, rien qu’en reculant, et sans qu’il m’entende arriver. Les ingénieurs de Shenzen Motors devraient remédier à ce problème, s ongea-t-il en descendant du véhicule (c’était sa toute première autolec, elle lui avait coûté plus que ne lui rapporteraient les droits de son prochain holoroman). Après avoir, par geste réflexe, consulté sa montre sans même lire l’heure, il s’engagea d’un pas pressé sur le parvis du spatioport encore ruisselant des pluies de l’aube de Pacifica. Portant un regard las sur la voûte grise du ciel, il se demanda combien de semaines encore les habitants de la grouillant...